Danse a Montpellier: Young Ho Nam 2009

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pho1_364549Notre coréenne de Montpellier poursuit son exploration intérieure à base de redécouverte de son propre passé historique. Superbe ! Pourtant, cela n’attire pas grand monde.

La semaine précédant celle de Noël, Young Ho a donc présenté sa nouvelle création, à Sérignan puis au studio Bernard Glandier.

Je sais que cela surprend certains que je consacre autant de pages à Young Ho. Elle est manifestement peu appréciée des happy few. Depuis peu, j’ai compris pourquoi je trouvais ses pièces attachantes ; je vais donc essayer de m’expliquer.
Je trouve qu’il y a beaucoup de choses à tirer de ses pièces, qui dépassent nettement l’aspect de la danse pure. En ce sens, je la rapproche d’Hélène Cathala, aussi surprenant que cela puisse paraître. Pourquoi ? Parce que, tout d’abord, je pense qu’Hélène et Young Ho font partie des chorégraphes qui ne cèdent pas aux sirènes de la mode. En ce sens, elles ne sont pas tombées dans les “tartes à la crème” de l’époque : la non-danse, la danse plasticienne, la danse “performance”(1). Cela leur nuit en termes de succès auprès des producteurs et diffuseurs… Mais le fait est là et se poursuit contre vents et marées. Et pourquoi font-elles ça, ce qui est le cœur de mon intérêt ? A mon avis, parce que pour elles, le “sujet” de la danse compte bien plus que la forme, qui doit être au service du sujet. De ce fait, la réflexion esthétique venant après la réflexion existentielle, la mode devient un diktat, qu’en artistes elles ne peuvent accepter.
De nombreux artistes sont dans ce cas là, me direz-vous ? Oui. On pourrait mettre par exemple un de ceux dont on a parlé récemment dans ce cadre : Jean-Baptiste Bonillo. Mais Jean-Ba comme d’autres, s’intéresse avant tout à son moi (ou à ses proches). Young Ho et Hélène (c’est leur deuxième caractéristique commune) ont une vision beaucoup plus globale de leur moi. Il est inscrit dans une histoire, dans une société, l’intime stricto sensu paraît y avoir moins de place. Entre les deux optiques, je ne mets pas de jugement de valeur, d’ailleurs. Simplement, je suis de plus en plus persuadé que le sujet, le “de quoi ça parle ?” a beaucoup plus d’importance que le “comment ça parle de rien!”, qui serait l’autre extrême. L’entre les deux : “de quoi ça parle ?” et “comment ça en parle ?” est bien sûr mon idéal. Et comme je suis très sensible aux notions sociales, tout autant qu’à l’intime, forcément ça me plait : ce qui compte au fond, quel que soit le “principe” de l’artiste est la sincérité de ce qu’il y a derrière. Ce que Young Ho en bonne asiatique appelle “la source”.
A noter qu’on a le même problème en sciences. Il y a des scientifiques obsédés par “l’élégance de la démonstration”. En fait, les “bons” sont surtout obsédés par le résultat de la pensée, les moyens pour y arriver étant sans importance, en ce sens que “tous les moyens sont bons”. Y compris l’invention pure et simple ou le truandage des résultats (Pauling en étant un bon exemple… et pourtant double Prix Nobel, ce n’est pas rien !)

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Le titre de la pièce est Une femme coréenne (le corps est un visage). C’est le point le plus faible du truc. C’est un titre qui ne veut pas dire grand chose d’important et qui ne correspond à rien. Sauf si dans la tête de Young Ho, il y a la volonté de montrer ça uniquement sous sa deuxième partie, ce qui serait intitulé “le corps est un visage”…? Car la soirée présentée à Sérignan et au studio Glandier était en deux parties.

4205862177_539aec2cc0En première partie, nous avons eu droit à l’interprétation d’un “trésor vivant” de Corée. (CLIK)

Chul Jin Lee (photo, CLIK) est le “porteur” d’une danse de temple bouddhique, le Seung Mu. Cette danse a un passé chamanique. Elle sert de base à Young Ho pour construire un solo qui est la deuxième partie.
On avait donc l’interprétation “absolue” par Chul Jin Lee, assez longue en temps et utilisant un tambour. Et la relecture par Young Ho (qui est d’origine catholique !) au son de la voix de Paul Godard, poète.

Du simple fait de la présence de Chul Jin Lee, la soirée volait très haut. Parce qu’il est finalement très rare de voir des interprètes de “trésor vivant”, d’une part. D’autre part parce que cela ne s’inscrit généralement pas dans un dialogue avec le présent.

A la fin du spectacle, à Montpellier, Young Ho expliqua ce qu’elle avait dans la tête. Elle a découvert assez tardivement (quelque peu bloquée, finalement, par ses études de danse qui la focalisaient sur le classique et le moderne/post-moderne) que la danse traditionnelle coréenne respectait certains préceptes de la “contemporaine”, notamment la relecture individuelle. Chul Jin expliqua ainsi au public qu’une danse “musée” se devait d’être incorporée et modifiée par son porteur au cours d’un longue période de méditation “dans la montagne”. Une telle révélation d’une similitude entre l’orient et la danse contemporaine n’est pas vraiment pour nous surprendre. En même temps, pour Young Ho, cela semble avoir fait l’effet d’un choc. Depuis quelque temps, elle repart ainsi à la relecture des danses traditionnelles coréennes pour en refaire l’interprétation personnelle et ainsi décrire une sorte de long solo introspectif.
C’est touchant et la partie Young Ho/Paul godart ne manque pas d’intérêt. Elle joue sur le noir et les moments où elle se dépouille de la longue robe bouddhique pour laisser apparaître quelques bribes de chair et un vêtement nettement occidentalisé étaient vraiment prenants.

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Ce qui m’intéresse le plus dans tout ça est le discours en creux. Elle nous fait un vrai discours sur l’identité nationale ! Et comme on peut comprendre ça du fait d’un certain rejet par les diffuseurs locaux de son son art(2). Rajoutez à cela un divorce… son art peut s’apparenter à l’histoire d’un rejet du corps étranger. C’est en ce sens que je trouve que “ça parle” beaucoup. Et en ces moments où la France a de nouveau une tentation de repli xénophobe, je trouve ça vraiment intéressant.

En tout cas – même sans tenir compte de la modicité des sommes demandées – les joyaux proposés, la profondeur de la pensée, la qualité humaine de la restitution scénique proposée, tout cela était époustouflant.

PS : A noter que la promotion du spectacle était assurée par “Le garage électrique” : le site

Notes :
(1) Il y a eu des pièces magnifiques là-dedans ! Mais avec le recul, il y a surtout eu un bon moyen d’être riche et célèbre.
(2) Comme tout les montpelliérains (non CCN), après un passage au Festival Montpellier danse, elle subit un rejet général ! On se demande vraiment pourquoi les compagnies ont envie d’y aller ! Seuls Ramalingom et Cathala (d’une autre manière) semblent échapper au syndrome.

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